Cette nuit-là, j'avais été réveillée par des éclats de voix qui remontaient de la ruelle.
Des cris, des pleurs. Des gémissements de plaisir, d'excitation.
J'avais ouvert les battants très doucement, le c½ur battant d'inquiétude.
« Qu'est-ce que ... »
Une purée de sang s'étalait jusqu'au carrefour, épaisse et luisante. Le spectacle brillait tranquillement sous la lune, tandis que plus bas, dans cet amas rougeâtre, mes parents s'entredévoraient, mordants à grandes déchirures dans les corps de nos voisins, de nos amis. Une orgie de côtes arrachées, de jambes déboitées, d'yeux flottants et de cheveux dégueulasses, déracinés par chevelures entières, se déroulait devant mes yeux exorbités. Enfants qu'on démembrait à quatre, vieillard épluchés de leurs peaux fripées, coulis noir de cervelles et d'entrailles
mêlées sur un gigantesque flan de cerises visqueuses.
Le dernier des Grands Bordels de l'humanité,
la pire des partouzes alimentaires ... Il s'agirait de l'ultime soubresaut des pêchés,
de colère, d'envie, de luxure et de gourmandise
dont les débordements orchestrés sous mes yeux jamais ne seraient pardonnés.
« On est seuls avec nous même, Il nous a abandonnés. »
( ... )
Je mastiquais mes gélules de Prozac bleues, par trois, par quatre, puis par dizaines, et, à l'aide de mon opinel de poche, commençai à sarcler les veines de mes avant-bras, émaillant le parquet de petit diamants cramoisis.